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Audioblog nonchalant

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Ce texte est beau et cette voix délicate. En prime, Mathieu Boogaerts y assure doucement ce qu’il faut de peinture musicale, légère et discrète.
J’ai envie de me rouler en boule dans ce morceau de radio intime.

4 décembre 2012 Non classé

La formule magique du tube pop existe et elle tient en cette phrase : « Longer intro+first verse, some minor inter-verse similarities and the very strong similarities between the three choruses. » C’est le résultat superbe de l’Infinite Jukebox, un outil impressionnant qui établit les structures de chansons.

On peut par exemple constater que Paparazzi de Lady Gaga et Rolling in the deep d’Adele sont étrangement similaires, malgré leur durée différente et leur apparente dissemblance.

 

 

 

 

 

 

The Infinite Jukebox est un outil développé par Paul Lamere, de Music Machinery. En repérant les correspondances entre les beats, l’algorithme établit des liens, qui permettent de sauter d’un passage à un autre similaire du morceau sans s’en apercevoir. L’outil est impressionnant, le résultat est désarmant de simplicité graphique. C’est subjuguant.

Allez donc vous en rendre compte par vous-même (chacun peut uploader et tester avec les morceaux de son choix) en regardant l’analyse que fait son auteur des derniers gros tubes pop récents (Lady Gaga, Adele, Rebecca Black) . La démonstration est édifiante. Cela permet surtout de mettre en évidence le canevas similaire utilisé par les producteurs pour élaborer le titre vendeur à venir. Même dans les groupes moins exposés, j’ai trouvé des traces communes. Ainsi, Sleepyhead de Passion Pit :

 

Le sujet est loin d’être anecdotique. Pour preuve, en juillet dernier, EMI s’est adjoint les services de Data Science London – un regroupement de scientifiques dédié à l’exploitation des données – et lanca un Hackaton. Le but était de définir un modèle prédictif de ce qui marche. Comme le titrait précisément The Independent à propos de l’objectif recherché, l’important, ce n’est pas le rythme, c’est l’algorithme. Autrement dit, malgré leurs différences notables, des chansons sont régies par les mêmes points de force, qui pourraient s’avérer de puissantes clés de ventes.

Cependant, l’Infinite Jukebox n’est pas issu du Hackaton d’EMI mais d’un autre branche d’innovation dans le domaine très stratégique des algorithmes, de la recommandation et des métadonnées musicales. Paul Lamere l’a élaboré lors des Music Hack Days, réunions  régulières et internationales de développeurs qui exploitent les possibilités fournies par différents services. Outre des applications qu’on retrouve par exemple chez Spotify ou dans des outils liés à Last.fm, cela aboutit aussi à des réussites comme celle de l’Infinite Jukebox, qui exploitent les ressources d’Echo Nest, une entreprise spécialisée dans les données musicales. Vous pouvez d’ailleurs suivre l’actualité des Music Hack Days chez le très recommandable Fine Tuning.

Enfin, grâce soit rendue à Pas longtemps, ex-camarade de jeu à la Blogothèque et dénicheur hors pair, qui a relevé l’existence de l’Infinite Jukebox et dont vous devriez – non, dont VOUS DEVEZ – suivre le Tumblr, où il partage toujours de très très chouettes choses.

Publié il y a 1730 jours En lire davantage à propos de

Il y a peu, deux amis très précieux se sont concertés en quelques mots, en un discret coup de téléphone, pour que je passe un samedi soir loin de mes petits tourments. Il y eut une invitation à dîner, une table en bois aux veines saillantes et patinées, une playlist délicate. Ce fut une soirée délicieuse. Puis, grâce au hasard heureux, avec d’autres plus tard, de ces amis pas vus ensemble depuis longtemps, il y eut les regards bienveillants, les plis des yeux qui trahissent les rires réguliers et la nuit qui avançait. La légère ivresse de la fin de soirée aidait à la détente, la fatigue aussi, mais on conservait cette assurance des belles choses.

Iron & Wine – Friends they are jewels

Une autre histoire d’amitié en revoyant un ami toujours ailleurs. Qui revient d’Inde ; qui compte s’installer à Berlin ; qui repart au Maroc. Pas de forfanterie là-dedans, seulement la conscience excitante d’avoir parcouru l’un et l’autre bien du chemin – jusqu’au sens littéral. Les bouteilles de macon succèdent aux bouteilles de macon. Rentrer tôt disait-on quelques heures auparavant. Si vous êtes du côté de Bordeaux, passez voir son exposition photographique, c’est jusqu’au 22 octobre au marché de Lermes.

J’aime la paume de la main qui étreint solidement une épaule, ce geste fort et fugace plein de tendresse retenue.

Bill Withers – Lean On Me

Je me rends compte que tous ces trucs sur l’adolescence et la musique, les discours troublants, le désir, les amitiés solides, la complexité de les conserver, je m’en foutais bien à l’époque. J’aimais les rythmiques, c’est tout. Je ne réalise que maintenant — c’est-à-dire une éternité après mon adolescence — à quel point mon goût pour la musique rejoint le discours qu’elle portait déjà. Les morceaux et les groupes prennent une autre dimension lorsque j’y accole mes propres errements, mes choix, mes renoncements, mes emportements. J’ai saisi sur le tard l’importance de ce vade mecum qui s’étoffe peu à peu de nouveaux morceaux, et que je trimbale dans des playlists, des albums et des compilations.
Nik Cohn écrit en 1968 dans Awopbopaloobop Alopbamboom que — je cite de mémoire, je ne retrouve plus le passage exact — dans la pop et le rock, tout a été défini dans les années 50 ; la suite n’est qu’un renouvellement plus ou moins réussi de ces bases. L’oubli et l’enthousiasme deviennent alors les deux piliers qui assurent la fraîcheur renouvelée du genre. Fut un temps où je vivais la meilleure soirée de ma vie tous les trois mois, avec le même enthousiasme que je manifeste à un rythme identique pour un morceau qui me parle. Cela prête à sourire mais conserver cela me fait sentir vivant. Vivant et bien accompagné.
Des moments décisifs se sont noués lors de ces retrouvailles avec les amis — ceux qu’on a, ceux dont on souhaiterait tellement qu’il le soit davantage, ceux qui se sont effacés –, grâce aux heures qui s’étirent sans qu’on y prenne garde, à la joie secrète et profonde de se retrouver douze heures après avec les mêmes esprits drôles et enjoués, aux confidences de bout de tablée, à l’armagnac qui grise les fins de soirée d’une délicieuse ivresse, lorsque le corps se relâche confortablement au fond du fauteuil, à cette sensation d’accomplissement en devenir : j’ai avancé, et je l’ai fait avec des personnes uniques.

Publié il y a 1766 jours En lire davantage à propos de

J’écoute Françoiz Breut. Flash-back : nous sommes en 2000 et un jour de juin je reçois un court mail sorti de nulle part qui devait grosso modo me dire « J’aime bien Buckley, toi aussi, écrivons-nous ». C’était une fille, elle avait récupéré mon adresse mail dans l’un des rares messages que je postais sur des forums consacrés à la musique. Hasard heureux, nous avions le même âge et les mêmes goûts musicaux. Elle vivait à plusieurs centaines de kilomètres de ma banlieue parisienne, nous avons débuté une correspondance.
C’est elle qui m’a fait écouter Françoiz Breut la première fois, « l’ex de Dominique A » pour justifier son choix, la femme du Twenty-Two bar. On s’envoyait des cassettes de musique, je reconnaissais immédiatement ses courriers à sa très belle écriture déliée. Vous ne verrez sans doute jamais plus belle écriture manuscrite.
Dans une de ses cassettes, elle avait glissé Everyone kisses a stranger et Si tu disais.

Plus de dix ans après, Françoiz Breut vient taper de nouveau à la porte avec La Chirurgie des sentiments. Et qu’importe le temps passé, lorsque la voix doucement atone de Françoiz Breut me revient à l’oreille, une association immédiate et tenace se produit, je pense à cette amie importante et lointaine. Et ce que je découvre en l’écoutant n’est jamais ni tout à fait familier, ni tout à fait inconnu.

Françoiz Breut – L’astronome

De ce timbre, de cette langueur délicieuse, de ces petites pièces écrites et produites avec soin comme autant de miniatures délicatement travaillées, ressort un confort chaleureux, une impression familière très agréable.
Cependant, cette fois, quelque chose a changé légèrement, un détail presque imperceptible pour qui y jetterait une oreille un peu trop distraite. Il y a dans cet album de la gaîté musicale : un morceau donne envie de claquer des doigts et d’esquisser un pas de côté. Pour qui a grandi avec Françoiz Breut et Vingt à trente mille jours, c’est une petite pirouette intérieure. Elle n’est pas seulement la figure un peu raide entrevue au côté de Dominique A, je suis même ravi d’imaginer que « Françoiz » – cette voix obscure et fascinante résonnant sur une bande magnétique bricolée – peut s’amuser avec un 4-pistes et une boîte à rythme dans sa salle de bain pour donne le ton d’une ébauche qui aboutit à Michka Soka.

Françoiz Breut – Michka Soka

Cela fait des années que je n’ai pas eu de nouvelles d’Elsa, elle a réalisé de brillantes études et vit sans doute à l’étranger. Je doute de la revoir un jour mais lorsque j’entends Françoiz Breut me susurrer des mots de sa voix étrangement détimbrée, je me plais à imaginer qu’à elle également, aussi loin que soit Cherbourg désormais, Françoiz Breut lui rappelle nos dix-huit ans.

[ Écouter La Chirurgie des sentiments / Acheter ]

Publié il y a 1778 jours En lire davantage à propos de

Le monsieur qui parle a 84 ans et habite Roubaix. Fils d’ouvriers du Nord, il raconte les bribes de sa vie encore vivaces avant qu’ils ne rejoignent définitivement l’obscurité. Sur les étagères de la longue et haute bâtisse ouvrière, disséminés au fil des étages, on trouve des livres, des cassettes et des disques. Ce monsieur, Claude, a toujours aimé le jazz et écoutait les Beach Boys dans les années 60. Chez lui, on trouve même des compact-discs de Lauryn Hill, Eric Clapton, Ben Harper ou Stan Getz. Assis dans le canapé en cuir fatigué du salon durant un après-midi, avec le chien jamais loin, les souvenirs s’entremêlent, tournent en boucle et s’arrangent avec la vérité, puis s’effacent peu à peu – comme on dit pudiquement.
Claude a fini sa vie hier. C’était mon grand-père, mais je ne suis pas triste, non, puisqu’il demeure celui qui m’a copié ma première cassette de Queen (Live at Wembley) et m’a fait écouter AC/DC. Oui, rien de moins que ça.

23 septembre 2012 Audioblog

C’est absurde et très drôle : Dalalalataviz, un site qui met en forme graphique les paroles de chansons. S’y trouvent déjà Dutronc, Mc Solaar, Bézu, Reel2Real…
En 2008, un bon nombre de graphes avaient déjà fleuris, en partie regroupés ici, avec quelques perles :

http://www.flickr.com/photos/boyshapedbox/2283441962/sizes/o/in/set-72157603957925616/

http://www.flickr.com/photos/boyshapedbox/2283442064/in/set-72157603957925616/

Et maintenant, quelques contributions personnelles :

Évidemment, 99 Problems (but a bitch ain’t one) a déjà été largement illustré.

Voilà, voilà.
Faites-moi penser à écrire de nouveau sur la musique ici, à l’occasion ; les habitudes se perdent vite et la facilité l’emporte trop souvent.

Publié il y a 1857 jours En lire davantage à propos de

Il y a peu de temps, des amis avides de connaissances ont lancé ce cri déchirant dans ma boîte mail : « Ca vous dit quelque chose une cartographie du rock et de tous ses sous-genres ? Les genres sont reliés les uns aux autres en fonction de leur parenté… »
En réalité, il n’existe pas une mais plusieurs cartes du rock et de la musique en général.

Taguons sobrement ce premier planisphère des mots sacrifice, mort, éventreur, chouette, musique, riff, permanente, église, hydromel, pentagramme : on y découvre les contrées du métal organisée dans une carte interactive (oui, comme dans « CD-Rom interactif ») :

Ailleurs, le ratio entre population et nombre de groupes de métal par pays a été calculé, accouchant d’une mappemonde où les pays nordiques ressortent largement. Une carte rendue ensuite cliquable (la méthodologie et les sources sont expliquées ici). D’ailleurs, si le death metal nordique vous intéresse, procurez-vous Until the light take us,  consacré à un pan agité de l’histoire du métal norvégien.

Plus ouverte, la carte de l’évolution des genre de musique occidentaux. Passons cependant sur le fait que l’Afrique ne soit désignée que sous le terme de musique africaine traditionnelle, comme si, à la différence des genres occidentaux, le continent ne connaisse qu’une seul genre indistinct ; et qu’ensuite la rumba congolaise, le kuduro ou l’afrobeat, entre autres, soient complètement oubliés malgré leur part dans les western dance music.
La musique africaine traditionnelle, qui prend la tête au départ, rapidement rejointe par Calypso des Antilles, outsider casaque blanche, alors que le Jazz casaque verte, grosse cote, apparaît à la corde aux 1910 mètres ; ça revient fort à l’extérieur avec le gospel dans la ligne droite des longs chants qui enferme Blues du Mississippi près du Old R&B casaque violette toque blanche qui voit se rapprocher en embuscade le jeune Rock’n roll plein de fougue, alors que Ska Jah Rasta Babylon fait un retour fracassant en compagnie de Soul sister pour lancer Rocksteady du noyer, énorme surprise, mais qui peine à l’entrée des 1960 mètres ; Disco, couleur saumon, reprend l’avantage dans le virage tandis que…

How Music Travels – The Evolution of Western Dance Music

Londres redessinée avec ses groupes maison :

Toujours à Londres, mais avec ce grand classique de la cartographie fun : le plan de métro. Le procédé n’est pas nouveau,  la représentation via un plan détourné de métro remonte a minima à 1992 lorsque  Simon Patterson crée The Great Bear, une carte du Tube londonien qui substitue artistes, philosophes ou peintres aux stations habituelles. Un principe repris en 2006 par Culture Vulture, l’un des blogs musicaux du Guardian, avec une centaine de noms de groupes :

London Underground Map sur The Guardian

Dans le même genre, la Rockmap d’Ernesto Lago :

Mais celle que j’ai immédiatement conseillée à mes amis dans la peine, c’est évidemment la plus complète, la plus soignée, la plus sujette à débats d’exégète des étiquettes : la Rock’n roll metro map, d’Alberto Antoniazzi.

Le Huffington Post a également construit sa propre cartographie musicale, le New York Music Project, un plan alimenté par les lecteurs, dessinant une nuée de références new-yorkaises dans les paroles des morceaux. La 110th street de Bobby Womack, l’erotic tale de Gosthface Killah à Staten Island, l’incident sur la 57e rue de Springsteen, le Luckiest Guy on the Lower East Side des Magnetic Fields, ainsi de suite avec les Beastie Boys, Rancid,  Suzanne Vega, Dylan (évidemment), etc.

La même idée, mais reprise de manière plus graphique par Flavorwire, cela aboutit à ceci (en plus, on peut écouter les morceaux évoqués ) :

 

Plus pratique, la carte des voisins à inviter lors d’une block party. Evidemment, il faut habiter New York.

 

Publié il y a 1858 jours En lire davantage à propos de

Les Têtes de lecture furent une rubrique à parution irrégulière de la Blogothèque, consacrée aux longs articles, aux dossiers et plus globalement à ce qui relevait davantage de l’écrit que des vidéos et des mp3. La Blogothèque n’en faisant plus l’usage depuis bientôt deux ans, j’en reprends le principe.

Punk’s not dead

Le Guardian tape dans le cadavre du punk pour savoir s’il bouge encore. Apparemment, celui-ci répond encore un peu, puisque ce n’est pas seulement une musique, c’est aussi une attitude, ce que décrit assez bien cet article qui évite les clichés éculés.
[ No future? Punk is still the sound of youth rebellion the world over ]

Et pendant ce temps-là, à Paris, l’histoire du punk en France radotait pour la énième fois lors d’une conférence (dans laquelle on s’écharpe essentiellement pour savoir qui est le plus légitime pour en parler et si être punk et avoir les cheveux longs est incompatible). Si celle-ci est moyennement intéressante, le coorganisateur l’est beaucoup plus : la revue Volume (« La revue des musiques populaires ») a une grande partie de ses archives accessibles en ligne, avec entre autres deux numéros consacrés aux reprises, une large étude entre rock et cinéma ou un numéro à propos de la presse alternative.
[ Revue Volume ]

Pour terminer sur le sujet du punk et aller au-delà des propos parfois lénifiants de la conférence, procurez-vous Girl Power – The Nineties revolution in music de Marisa Meltzer, un court mais clair descriptif de l’émergence du punk-rock riot grrrl.
Girl Power - The Nineties revolution in music ]

Hérédité musicale

D’ailleurs, si vous aviez un père qui écoutait du punk, vous laisserait-il écouter et avoir les cheveux longs ? Et qu’écouteriez-vous alors ?

How your dad’s music influences your taste

 

 

Paroles de spécialiste

Sean Adams, fondateur de Drowned in sound, partage régulièrement quelques réflexions intéressantes au sujet du business de la musique à l’aune de son expérience. Ses interventions assez pertinentes à ce sujet lui valent d’être régulièrement sollicité pour en parler. Ne pouvant contenter tous les étudiants et thésards souhaitant l’interroger, il a regroupé questions et réponses dans un article. Il évoque notamment avec recul et parfois un second degré assez réjouissant le « second album syndrome », la dilution de la musique ou encore, pour ceux que ça intéresse, l’intérêt d’une « critique » musicale.

If you agree with the idea that “cool” has changed from ‘what’s being talked about’ to ‘what no one’s ever heard of’… How do you feel this plays out for already established artists ?

I think this idea is right at the heart of “second album syndrome” – whereby a new band is no longer shiny and new if they’ve been around a while. The ever more established an artist becomes, the harder it is for them to get much coverage, unless they previously sold millions or have some radical shift in style or come up with some gimmick for which the media can hang a feature around. I’ve always been tempted to do a study of the percentage of media coverage and airtime given over to acts who haven’t released an album, and looking at the percent who then go on to release a second or third album, which sells a notable number of copies (like, over 1000), and to compare that with the number of acts who sell 10k-50k albums, and how little coverage and support they get from the media.

You, Me, Technology, Music Discovery, The Future of Criticism and Everyone We Know ]

Une des questions cite en partie un article hilarant publié début avril à propos du snobisme d’antan devenu coolitude du partage. Garder une belle découverte pour soi ? Allons, allons, c’est surfait, c’est dépassé, c’est tellement XXe siècle comme comportement !

Two months ago, Lily sent me a YouTube link to the song “212,” by the Harlem-born rapper Azealia Banks. Along with the song — which, fair warning, is quite profane — Lily mentioned that everyone seemed to be posting “212” on Facebook. So I listened — and several bars in, an intern popped into my office to announce that she loved the song and, not to brag or anything, she had been an early adopter: viewer No. 225,000.

Once I got over the embarrassment of being viewer No. 3,000,000, I realized something: the song was really good. Just as good as it had been 2,999,999 viewers ago.

In other words, there is no longer any honor in musical obscurity.

[ Why the Old-School Music Snob Is the Least Cool Kid on Twitter ]

Cet article fait lui-même référence à un autre, conséquent et très complet, sur Pitchfork – son émergence, son influence et en quoi il a fait bouger les lignes (pour le meilleur et le moins bon). Même si cet article n’est autre que du media on media, c’est passionnant, rien que pour l’anecdote d’introduction très révélatrice.
[ 5.4 / Pitchfork, 1995–present ]

 

 

Dust and grooves and nouveau look

Le splendide Dust & grooves a refait son site (j’en parlais ici il y a trois ans). Ses longues interviews de collectionneurs compulsifs de vinyles sont toujours là, accompagnées de photos superbes et de mixes réalisés par les intéressés.
[ Dust & Grooves ]

 

 

Musique de collège

Quelle école peut s’enorgueillir d’avoir vu passer Keith Jarret, Branford Marsalis, Jacky Terrasson dans ses murs ? Certes, l’addition ne donne pas toujours un résultat digne de la somme de ses parties mais le Berklee College of Music aux États-Unis est un lieu d’excellence. Une école de musique où « la norme est transmise à la seule fin d’être dépassée » selon les mots de de son directeur.

On intègre Berklee après audition, parce que l’on est doué. Ce qui ne signifie pas nécessairement que l’on sache lire la musique. « Ni improviser », ajoute Roger Brown, en référence aux musiciens de formation classique. « Quand le bassiste Marcus Miller est venu passer l’audition, il avait 18 ans, on lui a demandé immédiatement : vous voulez être élève ou professeur ? », se rappelle Krishna Levy, le compositeur français de musique de films (Huit femmes, de François Ozon, Je l’aimais, de Zabou Breitman, Loup, de Nicolas Vanier…) qui y étudia en 1986 et 1987, en même temps que le chanteur Arthur H.

Ironie, je voulais vous faire partager cet article paru dans Le Monde fin avril. L’original est payant, sa traduction sur le site du Guardian est librement accessible. Choisis ta langue, camarade.
[ La meilleure note ]
[ How Berklee College became a mecca for modern music ]

 

 

Oups, on a pilonné votre collection

Quand un article commence par ces mots :

‘But you can guarantee that my belongings will be delivered? » I asked, quivering – and I can still feel the nausea that came over me, even before the man at Yellow Moves of Hammersmith said: « No, I can’t … I’m afraid your things have been destroyed by United Airlines. »

This was January last year, six days after the shootings in Tucson, Arizona, and my « things », which had been heading for Tucson, included some 3,000 books and 1,600 vinyl LP records.

vous pouvez sans peine regarder votre collection, si réduite soit-elle et imaginer le déchirement vécu. Ce que raconte cet article, ce n’est pas la simple perte comptable, mais tout ce que représente ces vinyles, ces objets parfois plus lourds d’histoire que leur 180g.
I lost my life's collection of vinyl records but I'm well on the road to recovery now ]

 

 

Un Monde sans sons

Pour finir, il sera moins question de lecture que d’écoute. Un Monde de sons, le blog du Monde consacré à la radio, aux podcasts et à l’audio en général a fermé. C’est bien dommage, tant les sites sont relativement rares à ce sujet. Une dernière sélection a été faite dans les archives et c’est très chouette à découvrir.
[ Un Monde de sons ]

 

EDIT : j’avais oublié dans ma liste cette longue interview du duo Arlt, sur la Blogothèque. Mea culpa. Que de belles choses dites dedans. Plongez-y.
Feu la Figure. De la joie, de l’effroi et du tremblement. ]

Publié il y a 1899 jours En lire davantage à propos de

Les Nuits des demoiselles ne seront désormais plus les mêmes. Colette Renard n’est maintenant plus là pour susurrer aux oreilles des jeunes femmes qu’il est bon d’avoir quelqu’un pour se faire choyer le cœur fendu. Le plaisir redevient solitaire. Un Mercredix onaniste en conséquence.

1 – «Madame rêve» d’Alain Bashung

Sur Osez Joséphine, un tapis de violons de grande classe sert l’un des morceaux les mieux écrits (c’est tout dire) de la longue discographie d’Alain Bashung. Après une décennie essentiellement parsemées d’albums expérimentaux (Pizza, Play Blessures, Figure imposée, Passé le Rio Grande, Novice), Bashung arrive à l’orée des nineties avec un album qui renoue avec ses premiers amours de rock. Étonnamment, les paroles ne sont pas l’œuvre des compagnons de route de longue date de Bashung, que sont Boris Bergman et Jean Fauque, mais signées de Pierre Grillet, collaborateur de Dani ou Chamfort, entre autres.

2 – «Variations sur Marilou» de Serge Gainsbourg

Sans aucun doute le plus lascif de tous les morceaux. Un monument d’abandon sur L’Homme à tête de chou (1976), éclairé de paroles délicieusement explicites. Ma préférée d’entre toutes, avec sa rythmique entraînante en contrepoint du ton détaché de Serge. Après L’Histoire de Melody Nelson sorti cinq années auparavant, il s’agit du deuxième album où Gainsbourg narre les déboires amoureux — poétiques et pessimistes — d’un homme auprès d’une jeune fille.

3 – «Hello Kitten» d’Hefner

Parce qu’il n’y a pas besoin d’être deux pour se faire plaisir. Le souvenir suffit. Ce n’est pas le sexe qui me manque chérie, c’est la peau contre la peau. «I’m gonna make myself go blind tonight.» répété à l’envi.

4 – «Blister in the sun» des Violent Femmes

Sec comme une trique, décharné et direct comme un boogie, cette chanson de Gordon Gano et son groupe font écho, dans des paroles à double sens, au trouble sous la couette. C’était en 1982, et comme Hefner, c’était sur le premier album du groupe. La branlette, une préoccupation des premiers instants, assurément. Depuis, rien n’a changé quand les mecs pensent à elle.

5 – «Prayings Hands» de Devo

- «Bonjour, je souhaiterais un manuel de masturbation.
- Bien sûr mademoiselle, attendez, je vais voir ce qu’on a… Alors… hum… voyons voir. Ah, il y a bien le Manuel de civilités pour les petites filles.
- Je préférerais quelque chose de moins fastidieux.
- Oh, hé bien, je vais vous mettre “Praying hands”, de Devo, ça fera largement l’affaire, c’est simple et rudement bien expliqué. Vous m’en direz des nouvelles.»

6 – «Teenage kicks» des Undertones

Single favori de John Peel, puissante, clap nerveux d’à peine deux minutes et demie, «Teenage dreams, so hard to beat…», «Teenage kicks», c’est aussi — et on l’oublie trop souvent — une chanson de jeunesse masturbatoire et de fantasmes adolescents. Et rien que pour la réécouter encore et encore, sans retenue, elle vaut sa place dans cette liste.

7 – «Orgasm addict» des Buzzcocks

1977, même urgence musicale, même description amusée des petites morts solitaires, et puis ta mère se demande toujours ce que sont ces tâches sur ton jean. Addict, va !

8 – «Touch I’m sick» de Mudhoney (Sonic Youth cover)

D’aucuns disent que c’est là que tout a commencé, dans cet EP d’août 1988, que la saturation des guitares annonçait la tempête à venir. D’aucuns affirment que le grunge a pris sa forme dans ce deux-titres balancé dans Seattle trois mois après la formation de Mudhoney. Six mois plus tard, un split réunissait Sonic Youth et Mudhoney.

9 – «Prayer for a wanker» de Noir Désir

Plus jeune, je n’ai pas tout compris de suite à ce formidable album qu’était 666.667 Club, avec toutes ses clés de lecture et ses multiples entrées. Mais il y avait quelque chose d’une complainte sauvage dans ce morceau, que j’écoutais méthodiquement après «Comme elle vient». «Prière pour un branleur», tu m’étonnes que ça soit explicite.

10 – «Je m’aime» d’Odeurs

Odeurs, c’est Ramon Pinpin. Ramon Pinpin, c’est la parodie franchouillarde. Et les groupes indés de mecs névrosés par leur frustration, ça va un moment, après tout.

La liste pourrait s’allonger longuement, faire le double ou le triple de celle-ci, prendre en compte quelques-unes de notoriété publique qui évoque la chose (Prince et sa Nikki qui joue avec un magazine, Divinyls, etc.). Mais la frustration fait aussi partie du jeu. N’est-ce pas ?
Enfin, parlons masturbation sans honte ni faux-semblant sur Arte radio.

Publié il y a 2487 jours En lire davantage à propos de

«Putain putain, c’est vachement bien, nous sommes quand même tous des Européens» : l’évidence même pour envisager ce Mercredix. En 1983, l’Europe joue à dix, l’Espagne et le Portugal ne font pas encore partie de ce qu’on appelle encore la CEE ; et Arno, période TC Matic, scande son enthousiasme pour l’Europe en construction. Et pourtant, qu’il est ardu de recenser de vrais titres consacrés à l’Europe, et non pas seulement à des pays, des villes ou des hymnes continentaux.

Plus globalement, l’Europe se prête davantage à des pamphlets (souvent nationalistes) de chansonniers et des railleries qu’à des déclarations d’amour comme a pu réaliser le TC Matic. Et quand elles existent malgré tout, elles sont souvent le fait d’institutions ou de formations maladroites, plongées dans un grand bain de ridicule.

1 – « Te Deum » de Marc-Antoine Charpentier
2 – « Putain Putain » du TC Matic
En 1983, donc, Arno, pas encore chanteur solo, gueule avec son groupe de new wave robotique son amour de l’Europe, qui deviendra l’un des plus grands succès du groupe. En prélude de cette version live, on reconnaît l’ouverture du « Te Deum » de Marc-Antoine Charpentier, orchestrale introduction baroque, surtout connue comme indicatif du concours international de l’Eurovision.

3 – « Vous êtes lents » d’Alain Souchon

Sortie deux ans à peine après « Putain Putain », « Vous êtes lents » pourrait être son pendant musical posé. En écoutant ces deux titres, il est évident qu’au début des années 1980, l’Europe semble encore porter un espoir et une attente politique forte. Coécrite par Souchon et Louis Chédid, cette chanson est l’une des rares à appeler l’Europe de ses voeux, fustigeant les conservatismes.

4 – « Showroom Dummies » de Kraftwerk (Cha cha cha version par Señor Coconut)

Quelques années auparavant, Kraftwerk inoculaient déjà une part de symbolisme européen, sur Trans-Europe Express , du nom des trains qui effectuaient des liaisons continentales à l’époque. A croire aussi que le train et l’Europe inspire pas mal (Divine Comedy et son instrumental «Europe by train»).

5 – « La Chanson de l’Europe » écrite par Jean Jeepy

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’humanisme de ces années de lente réconciliation transpire dans les chansons populaires, nappé du charme suranné d’un pacifisme sincère.

6 – « Göttingen » de Barbara

Ciment de la CECA – ce qu’on appelle désormais mécaniquement le couple franco-allemand -, la réconciliation entre la France et l’Allemagne a été mise en musique par Barbara en 1965. Marquée par la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle elle a été obligée de se cacher, la chanteuse a composé l’une de ses plus belles chansons, dont quelques mots ont même été repris lors de la commémoration du traité d’amitié franco-allemand, en 2003.

7 – « A Song for Europe » de Roxy Music

Seule exception de ce Mercredix, ce titre de Brian Ferry ne comporte aucune dimension politique européenne. Mais c’est une superbe chanson mélancolique et désabusée sur la gloire passée.

8 – « Wind of Change » des Scorpions

Mais comment vouliez-vous qu’on fasse l’impasse sur l’un des sifflements les plus pénibles des trente dernières années ? Bien au-delà de son côté slow sirupeux de fin de soirée, « Wind of Change » fut l’une des chansons les plus populaires sur le crépuscule de la Guerre froide et la césure de 1989, au point que le groupe fut invité par Michael Gorbatchev, quelques années avant l’ouverture de l’Union européenne vers l’Est.

9 – « Fortress Europe » d’Asian Dub Foundation

Plus d’une décennie après la chute du Mur, beaucoup d’idéaux ont disparu. Trois ans après le sommet de l’OMC à Seattle, un an après celui du G8 à Gênes, l’Europe apparaît désormais comme une forteresse rejetant au-delà de ses hauts murs les impétrants qui souhaiteraient venir s’y installer pour chercher une vie meilleure. Asian Dub Foundation, pur produit du melting pot londonien, politiquement engagé, inclut dans Enemy of the enemy ce titre violent.

10 – « Europa25″ de Scanner

Un morceau composé en 2004 par Scanner, peu avant le passage de l’Europe des 15 à celle des 25. Une courte ode électronique aux hymnes nationaux.

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