Furtif

Audioblog nonchalant

A lire, écouter
voir, picorer, partager

En voir +

Le monsieur qui parle a 84 ans et habite Roubaix. Fils d’ouvriers du Nord, il raconte les bribes de sa vie encore vivaces avant qu’ils ne rejoignent définitivement l’obscurité. Sur les étagères de la longue et haute bâtisse ouvrière, disséminés au fil des étages, on trouve des livres, des cassettes et des disques. Ce monsieur, Claude, a toujours aimé le jazz et écoutait les Beach Boys dans les années 60. Chez lui, on trouve même des compact-discs de Lauryn Hill, Eric Clapton, Ben Harper ou Stan Getz. Assis dans le canapé en cuir fatigué du salon durant un après-midi, avec le chien jamais loin, les souvenirs s’entremêlent, tournent en boucle et s’arrangent avec la vérité, puis s’effacent peu à peu – comme on dit pudiquement.
Claude a fini sa vie hier. C’était mon grand-père, mais je ne suis pas triste, non, puisqu’il demeure celui qui m’a copié ma première cassette de Queen (Live at Wembley) et m’a fait écouter AC/DC. Oui, rien de moins que ça.

23 septembre 2012 Audioblog

Il y a vingt ans à Seattle, on prenait de l’héro en explosant les amplis, voire directement son public. C’était fun, on se marrait bien.
Aujourd’hui, on porte toujours les mêmes chemises à carreaux, auquel on ajoute un bonnet et éventuellement la barbe si on est perfectionniste. Mais les groupes font désormais du folk harmonique. Bref, deux décennies d’écart entre la X-generation et les copycats de Fleet Foxes.

The Elderly est donc un trio de là-bas et pourrait tout à fait suppléer les Fleet Foxes pour chanter une comptine à votre gamin.
Pour respecter les quotas de look, l’un porte la barbe, l’autre un bonnet et le dernier est une fille. Ils remplissent toutes les cases du folk bullshit bingo : chant harmonique, banjo, claps de mains et l’automne qu’on sent poindre sur une peau de bête devant un feu de cheminée.

- Écoutez-en davantage sur leur Bandcamp :
http://theelderly.bandcamp.com/ ]

4 juin 2012 Audioblog

Il y a plusieurs raisons d’aimer un disque, évidemment : la qualité incontestable de la musique, le souvenir qu’il évoque – souvent doux et heureux -, les références auxquelles il fait appel, la manière et le propos qu’il dégage ou tout simplement un instant, un unique instant dans le disque qui fait qu’on le répète à l’envie, avant de découvrir que le reste vaut (aussi) le coup.

Heroes & Villains – Welcome Home

Heroes & Villains a créé la 79e seconde la plus enthousiasmante que j’ai entendue. Ils n’en ont pas fait beaucoup non plus des 79e secondes, n’ayant sorti qu’un EP, suivi cette année d’un album complet. Mais ce groupe de Portland a réalisé sur Color coded un emballement de piano qui donne envie de sautiller. A la 79e, le titre bascule, le piano-clavecin s’affole, et c’est cela qui est bon. Il en est de ces titres où les musiciens ont su capter le petit frisson qui fait aimer la transition, qui fait aimer la manière dont ils transforment la dimension d’une chanson. Comment vous dire ? On passe d’une balade un soupçon baroque (les Dresden Dolls, cela vous parle ?) avec choeur féminin emprunté à quelque chose ayant plus de corps, de rupture, de rythme, de joie. Comme lorsqu’on s’imagine, seul dans la rue, et d’un coup, on souhaiterait que tout le monde se mette à danser et chanter autour de vous, en souriant. Hé bien là, c’est la même chose. En moins grandiloquent tout de même.

Ce billet aurait tout à fait pu être celui d’une seule chanson, d’une 79e seconde et-après-moi-le-déluge. Mais Heroes & Villains a également réussi à placer sur un EP à cinq chansons quelque chose de différent, et notamment Welcome Home une balade très cow-boy, très guitare nonchalante, très sifflotement de trois hombres au saloon là-bas, tu les vois ?, très petite batterie de duel au soleil, très trompettes mélancoliques, très film de western propices aux chansons travaillées.

Le seul inconvénient, c’est maintenant d’attendre la fin de Welcome Home avant de remettre « la 79e de Heroes & Villains ».

Publié il y a 5471 jours En lire davantage à propos de

Après deux années de présence sur la Blogothèque, la DRH m’a poussé à plus m’investir, à montrer que j’en voulais. En un mot, j’ai désormais un billet régulier sur le mp3blog. Je me suis regardé dans la glace ce matin, j’ai respiré un grand coup en me jaugeant du regard avant de vous soumettre Beija Flor.

Beija Flor Voilà longtemps qu’un album ne m’avait pas raconté une histoire. N’avait pas fait apparaître dans mon esprit une carte topographique comme on en trouve dans les pages précédant les épopées de science-fiction ou des contes pour enfant, avec des noms inconnus, des dessins de bêtes étranges dans des contrées sans doute inexplorées. The Quiet One & The Lonely One, l’album des canadiens de Beija Flor y est parvenu.

Beija Flor – Take care Carolina

Mais dans ce disque, les comptines enfantines ont mal tourné. Elle file légèrement le frisson d’ailleurs, ces histoires, avec les cordes qui enveloppent les titres d’une ambiance inquiétante. Et puis ce piano qui accompagne un choeur trop emporté pour être complètement rassurant, comme si les arbres de la route ne manquaient pas de parler au petit héros en se ployant légèrement. On est ici plus proche de Tim Burton que de Pixar. Avec des guitares électriques en plus.

beijaflor-bandTake Care Carolina en est l’exemple sans doute le plus frappant : introduisant ressac et bruits furieux d’orage au bout de 6 minutes, un vrai théâtre sonore se bâtit peu à peu. Plus généralement, The Quiet One & The Lonely One fonctionne comme une pièce musicale. Les passages les plus doux contrebalancent les montées rythmiques et instrumentales. Plus le nombre d’écoute augmente, plus l’architecture du disque apparaît claire, séduisante. L’histoire imaginaire, quelle qu’elle soit, prend forme.

Il est délicat d’en dégager un titre phare, représentant absolu de l’ambiance. Par moment, le disque m’a rappelé les Sparks, en plus rêche, plus électrique dans la manière de faire.

Sophia et Northern Lights, titres de cet unique album de Beija Flor, en illustrent deux pendants : l’un débute comme une douce boîte à musique qui prend peu à peu une épaisseur légèrement dérangée, l’autre alterne les phases mélodiques en un seul et même titre.

Beija Flor – Northern Lights

Mais j’ai de légères craintes sur la suite du groupe : deux des quatre membres ont quitté le groupe et ont été remplacés. Beija Flor prépare manifestement son prochain album avec cette formation remaniée. The American sortirait durant l’hiver. Un temps idéal pour ce genre de disque.

Publié il y a 5485 jours En lire davantage à propos de