Furtif

Audioblog nonchalant

Vous connaissez les Monks ? Et vous êtes du genre à ne plus écouter de rock’n roll depuis que vous avez découverts les Master musicians of Jajouka ? Allez avouez, vous êtes snobs ! Ici, on n’ose pas trop se le dire, c’est comme ça. Et pourtant, les Strokes restent cantonnés à un groupe pour graphiste trentenaire. Depuis quarante ans, être snob dans la musique rock, c’est éviter la massification de la culture, c’est se détourner des rééditions qui rendent caduques le précieux achat original, et c’est surtout ré-évaluer constamment le degré de sous-appréciation de ses chéri(e)s par l’homme de la rue.

Dictionnaire des snobs du rockUne équation complexe qui demande un comportement tout en nuance et des termes choisis. Ce qui n’est pas chose aisée, comme l’expliquent les auteurs du Rock snob’s dictionnary.

Un ouvrage hilarant où le snobisme, mouvement qui est loin d’avoir diminué avec les années et qui a même pris une ampleur épidémique, est disséqué pour donner au malheureux néophyte une bouée de sauvetage. Mieux, un manuel de survie en soirée de snobs rock.

Si vraiment rien ne va, que les petits camarades d’un soir vous rabrouent sur vos choix de CD, qu’ils vous regardent de haut lorsque vous expliquez que pour vous Funeral est le meilleur disque de 2005 (2004, enfin, c’est 2004 !), glissez Eno, « le pionnier de la musique ambiant, la bande-son parfaite de tout ce qui va de l’aromathérapie au démarrage de Windows 95 », parlez de ces fameux Monks (ceux qui arboraient au milieu des 60’s un magnifique tonsure à la frère Tuck) et agrémentez vos discussions de ces fameux terme « jangle« , « -ica » et « Paisley underground« .

Avec ce lexique, c’est une partie du way of life rock’n roll qui touche le néophyte, comme la grâce touche le pénitent. Les notules du dictionnaire sont désopilantes et permettent d’aborder avec la morgue qu’il faut une discussion musicale. Vous savez, de celles qui observent soupçonneuses les musiques diffusées à plus de 499 exemplaires qui ont du succès. On vous le dit comme ça, le Rock snob’s dictionnary, c’est découvrir un continent d’artistes, de termes et de mouvements qu’il est alors jouissif d’évoquer. Mais n’oubliez jamais, une faute de goût et c’est toute crédibilité qui s’efface.

Faire bonne figure, c’est important. Un jour prochain il faudra sans doute ressortir de tête la liste de ces films qu’il faut absolument avoir vu (ex : Christiane F. : unwatchable German film about a teen smack addict – but cool Bowie concert sequence !) ou de ces personnes qu’il est absolument indispensable d’haïr (au hasard, Paul McCartney [...] for Wings, for recording with his wife but not in a cool Thurtson Moore – Kim Gordon way, for not being John Lennon). Mieux vaut être préparé.

On ne rigole pas des références jalousement distillées.

En attendant, je place ce dictionnaire à coté de High Fidelity, le livre « que chaque snob aurait voulu avoir écrit, mais dont il n’admettra jamais qu’il l’a lu ». Moi, il est juste là pour faire bien, hein…

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