Furtif

Audioblog nonchalant

Les Nuits des demoiselles ne seront désormais plus les mêmes. Colette Renard n’est maintenant plus là pour susurrer aux oreilles des jeunes femmes qu’il est bon d’avoir quelqu’un pour se faire choyer le cœur fendu. Le plaisir redevient solitaire. Un Mercredix onaniste en conséquence.

1 – «Madame rêve» d’Alain Bashung

Sur Osez Joséphine, un tapis de violons de grande classe sert l’un des morceaux les mieux écrits (c’est tout dire) de la longue discographie d’Alain Bashung. Après une décennie essentiellement parsemées d’albums expérimentaux (Pizza, Play Blessures, Figure imposée, Passé le Rio Grande, Novice), Bashung arrive à l’orée des nineties avec un album qui renoue avec ses premiers amours de rock. Étonnamment, les paroles ne sont pas l’œuvre des compagnons de route de longue date de Bashung, que sont Boris Bergman et Jean Fauque, mais signées de Pierre Grillet, collaborateur de Dani ou Chamfort, entre autres.

2 – «Variations sur Marilou» de Serge Gainsbourg

Sans aucun doute le plus lascif de tous les morceaux. Un monument d’abandon sur L’Homme à tête de chou (1976), éclairé de paroles délicieusement explicites. Ma préférée d’entre toutes, avec sa rythmique entraînante en contrepoint du ton détaché de Serge. Après L’Histoire de Melody Nelson sorti cinq années auparavant, il s’agit du deuxième album où Gainsbourg narre les déboires amoureux — poétiques et pessimistes — d’un homme auprès d’une jeune fille.

3 – «Hello Kitten» d’Hefner

Parce qu’il n’y a pas besoin d’être deux pour se faire plaisir. Le souvenir suffit. Ce n’est pas le sexe qui me manque chérie, c’est la peau contre la peau. «I’m gonna make myself go blind tonight.» répété à l’envi.

4 – «Blister in the sun» des Violent Femmes

Sec comme une trique, décharné et direct comme un boogie, cette chanson de Gordon Gano et son groupe font écho, dans des paroles à double sens, au trouble sous la couette. C’était en 1982, et comme Hefner, c’était sur le premier album du groupe. La branlette, une préoccupation des premiers instants, assurément. Depuis, rien n’a changé quand les mecs pensent à elle.

5 – «Prayings Hands» de Devo

- «Bonjour, je souhaiterais un manuel de masturbation.
- Bien sûr mademoiselle, attendez, je vais voir ce qu’on a… Alors… hum… voyons voir. Ah, il y a bien le Manuel de civilités pour les petites filles.
- Je préférerais quelque chose de moins fastidieux.
- Oh, hé bien, je vais vous mettre “Praying hands”, de Devo, ça fera largement l’affaire, c’est simple et rudement bien expliqué. Vous m’en direz des nouvelles.»

6 – «Teenage kicks» des Undertones

Single favori de John Peel, puissante, clap nerveux d’à peine deux minutes et demie, «Teenage dreams, so hard to beat…», «Teenage kicks», c’est aussi — et on l’oublie trop souvent — une chanson de jeunesse masturbatoire et de fantasmes adolescents. Et rien que pour la réécouter encore et encore, sans retenue, elle vaut sa place dans cette liste.

7 – «Orgasm addict» des Buzzcocks

1977, même urgence musicale, même description amusée des petites morts solitaires, et puis ta mère se demande toujours ce que sont ces tâches sur ton jean. Addict, va !

8 – «Touch I’m sick» de Mudhoney (Sonic Youth cover)

D’aucuns disent que c’est là que tout a commencé, dans cet EP d’août 1988, que la saturation des guitares annonçait la tempête à venir. D’aucuns affirment que le grunge a pris sa forme dans ce deux-titres balancé dans Seattle trois mois après la formation de Mudhoney. Six mois plus tard, un split réunissait Sonic Youth et Mudhoney.

9 – «Prayer for a wanker» de Noir Désir

Plus jeune, je n’ai pas tout compris de suite à ce formidable album qu’était 666.667 Club, avec toutes ses clés de lecture et ses multiples entrées. Mais il y avait quelque chose d’une complainte sauvage dans ce morceau, que j’écoutais méthodiquement après «Comme elle vient». «Prière pour un branleur», tu m’étonnes que ça soit explicite.

10 – «Je m’aime» d’Odeurs

Odeurs, c’est Ramon Pinpin. Ramon Pinpin, c’est la parodie franchouillarde. Et les groupes indés de mecs névrosés par leur frustration, ça va un moment, après tout.

La liste pourrait s’allonger longuement, faire le double ou le triple de celle-ci, prendre en compte quelques-unes de notoriété publique qui évoque la chose (Prince et sa Nikki qui joue avec un magazine, Divinyls, etc.). Mais la frustration fait aussi partie du jeu. N’est-ce pas ?
Enfin, parlons masturbation sans honte ni faux-semblant sur Arte radio.

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