Furtif

Audioblog nonchalant

A lire, écouter
voir, picorer, partager

En voir +

Il y a plusieurs raisons d’aimer un disque, évidemment : la qualité incontestable de la musique, le souvenir qu’il évoque – souvent doux et heureux -, les références auxquelles il fait appel, la manière et le propos qu’il dégage ou tout simplement un instant, un unique instant dans le disque qui fait qu’on le répète à l’envie, avant de découvrir que le reste vaut (aussi) le coup.

Heroes & Villains – Welcome Home

Heroes & Villains a créé la 79e seconde la plus enthousiasmante que j’ai entendue. Ils n’en ont pas fait beaucoup non plus des 79e secondes, n’ayant sorti qu’un EP, suivi cette année d’un album complet. Mais ce groupe de Portland a réalisé sur Color coded un emballement de piano qui donne envie de sautiller. A la 79e, le titre bascule, le piano-clavecin s’affole, et c’est cela qui est bon. Il en est de ces titres où les musiciens ont su capter le petit frisson qui fait aimer la transition, qui fait aimer la manière dont ils transforment la dimension d’une chanson. Comment vous dire ? On passe d’une balade un soupçon baroque (les Dresden Dolls, cela vous parle ?) avec choeur féminin emprunté à quelque chose ayant plus de corps, de rupture, de rythme, de joie. Comme lorsqu’on s’imagine, seul dans la rue, et d’un coup, on souhaiterait que tout le monde se mette à danser et chanter autour de vous, en souriant. Hé bien là, c’est la même chose. En moins grandiloquent tout de même.

Ce billet aurait tout à fait pu être celui d’une seule chanson, d’une 79e seconde et-après-moi-le-déluge. Mais Heroes & Villains a également réussi à placer sur un EP à cinq chansons quelque chose de différent, et notamment Welcome Home une balade très cow-boy, très guitare nonchalante, très sifflotement de trois hombres au saloon là-bas, tu les vois ?, très petite batterie de duel au soleil, très trompettes mélancoliques, très film de western propices aux chansons travaillées.

Le seul inconvénient, c’est maintenant d’attendre la fin de Welcome Home avant de remettre « la 79e de Heroes & Villains ».

Publié il y a 3908 jours En lire davantage à propos de

Après deux années de présence sur la Blogothèque, la DRH m’a poussé à plus m’investir, à montrer que j’en voulais. En un mot, j’ai désormais un billet régulier sur le mp3blog. Je me suis regardé dans la glace ce matin, j’ai respiré un grand coup en me jaugeant du regard avant de vous soumettre Beija Flor.

Beija Flor Voilà longtemps qu’un album ne m’avait pas raconté une histoire. N’avait pas fait apparaître dans mon esprit une carte topographique comme on en trouve dans les pages précédant les épopées de science-fiction ou des contes pour enfant, avec des noms inconnus, des dessins de bêtes étranges dans des contrées sans doute inexplorées. The Quiet One & The Lonely One, l’album des canadiens de Beija Flor y est parvenu.

Beija Flor – Take care Carolina

Mais dans ce disque, les comptines enfantines ont mal tourné. Elle file légèrement le frisson d’ailleurs, ces histoires, avec les cordes qui enveloppent les titres d’une ambiance inquiétante. Et puis ce piano qui accompagne un choeur trop emporté pour être complètement rassurant, comme si les arbres de la route ne manquaient pas de parler au petit héros en se ployant légèrement. On est ici plus proche de Tim Burton que de Pixar. Avec des guitares électriques en plus.

beijaflor-bandTake Care Carolina en est l’exemple sans doute le plus frappant : introduisant ressac et bruits furieux d’orage au bout de 6 minutes, un vrai théâtre sonore se bâtit peu à peu. Plus généralement, The Quiet One & The Lonely One fonctionne comme une pièce musicale. Les passages les plus doux contrebalancent les montées rythmiques et instrumentales. Plus le nombre d’écoute augmente, plus l’architecture du disque apparaît claire, séduisante. L’histoire imaginaire, quelle qu’elle soit, prend forme.

Il est délicat d’en dégager un titre phare, représentant absolu de l’ambiance. Par moment, le disque m’a rappelé les Sparks, en plus rêche, plus électrique dans la manière de faire.

Sophia et Northern Lights, titres de cet unique album de Beija Flor, en illustrent deux pendants : l’un débute comme une douce boîte à musique qui prend peu à peu une épaisseur légèrement dérangée, l’autre alterne les phases mélodiques en un seul et même titre.

Beija Flor – Northern Lights

Mais j’ai de légères craintes sur la suite du groupe : deux des quatre membres ont quitté le groupe et ont été remplacés. Beija Flor prépare manifestement son prochain album avec cette formation remaniée. The American sortirait durant l’hiver. Un temps idéal pour ce genre de disque.

Publié il y a 3922 jours En lire davantage à propos de

Nous pouvons être déçus, très déçus. Les Man Man ne sont pas venus jusqu’en France. Voilà deux ans et demi qu’une hypothétique tournée européenne du groupe me faisait espérer. Et malgré l’évocation d’un concert parisien samedi dernier, ils sont demeurés dans le nord de l’Europe. Pas de dodelinement frénétique et enthousiaste de la tête pour nous. Damned !

En Angleterre et aux Pays-Bas, les amateurs ont eu plus de chances. Le groupe a même donné une session filmée dont un titre est visible sur le site (format Real player), et 30 minutes sont en écoute. De quoi donner envie d’y être.

Man Man à AnversJ’étais pourtant prêt à les faire ces centaines de kilomètres pour les croiser à Anvers jeudi dernier, entendre le clavier Rhodes un peu bastringue, partager les « whaouh fuckkkk » enthousiastes de ceux qui les ont vus, chanter d’une voix éraillée « Lalala lalala lalalalalala », voir leurs têtes de simili-Bjorn Borg, bûcherons, indiens, et clones 70’s sur scène, partager ce Black Mission Goggles tout en rondeur. La fatigue m’en a empêché.

Ils ne reviendront pas avant un moment. Nous pouvons être déçus.

Publié il y a 3927 jours En lire davantage à propos de

La fête de la musique, c’est aller à la librairie Parallèles, à Paris, comme si de rien n’était et retrouver en face 150 personnes rue St-Honoré vers 18h agglutinées devant un sound system. Du mécheux, de la fashion victime, des lunettes de mouche et des polos rayés en nombre. C’est rester écouter un peu et voir arriver d’un coup David Guetta sur ce happening. 18h30, premier contact avec la Fête de la zique.

Dur.

C’est ensuite trouver sur son passage des musiciens serbes, une sorte de batucada asiatique et des corbacks à la fontaine des Innocents.

Dur.

Faire une pause apéro avec un ami, et s’apercevoir en sortant de la Cordonnerie qu’avec l’averse que nous n’avons pas vue, ça sent le sapin pour la soirée.

Voir un match, c’est mieux que d’entendre les cris de désespoir d’un groupe de lycéens qui a sans doute ramené toute la 1ere L de Paul-Bert pour les soutenir. Pause Mondial – pensée émue à Robin, Rom et Julie.

La fête de la zique, c’est s’apercevoir à la mi-temps que Pradoc vend sa PSP. Et là, on se dit que c’est révolution chez notre ami. Que tout est possible désormais.

C’est passer outre le crachin de la nuit et la mauvaise humeur de l’ami compagnon, et s’apercevoir qu’à l’Alim’ Générale, rien. Qu’autour… pas grand chose. Qu’en général, c’était tout sauf là.

Enfin, c’est s’apercevoir que l’amie brésilienne qui aurait pû m’emmener dans des soirées à la chaleur communicative s’en va rejoindre Morphée.

Dur.

Mais sinon, j’aime bien la fête de la musique.

Vraiment dur.

Publié il y a 4075 jours

Ce fut sans fleur ni couronnes. Dans ma boîte mail est tombée cette semaine un mail d’un garçon du nom de Marc Pinansky. Il vient de mettre un terme à l’aventure Runner and the Thermodynamics. Les Runners, c’est une nuit de janvier à New-York. Il y faisait froid, très froid. Glacial. Pas de quoi folâtrer dans les rues pétrifiées de glace, mais je voulais absolument voir le Sin-é. Avec Mathieu, on l’a retrouvé au fond d’une rue sans âme, loin des murs blancs, des tables en bois et de St-Marc’s Place d’origine. Le Sin-é, c’est désormais et uniquement une salle de concert.

De la soirée, je me souviens en vrac avoir discuté avec le videur canadien francophone, du flyer Vicious de la soirée fourré négligemment dans la poche, de quelques bières vidées, d’un jeune photographe mitraillant tous les groupes et deux coups de batterie de Roger Knight, deux coups portés par un riff de guitare qui ouvre So Sorry. Une vraie déflagration dans la salle ; c’est bête comme chou un groupe de rock mais quand ça fonctionne…

Le très rétro Pinansky, le batteur Knight – d’une virtuosité et d’une explosivité rares – et une ligne de basse d’Oor emballaient un rock garage puissant. Des amplis crachaient bien plus d’électricité que n’en déploient parfois dix musiciens sur scène. Trois gars de Boston entrés sans prévenir à la faveur d’une soirée.
Et ce batteur, surtout ce batteur.

Du Sin-é, je suis reparti avec leur album et je l’ai écouté en boucle. En France, les amateurs se sont limités à deux personnes : Guillaume Gwardeath, le tenancier de feu Extrajazz qui avait chroniqué l’album à sa sortie, et moi-même. Et c’est bien dommage.

De leur newsletter, impossible de savoir ce qui a fait plongé les Runners.

Désormais leur site internet ressemble à la fin de vie boursouflée de vieilles gloires : disgracieux, décorum erratique et de mauvais goût. On y retrouve tout de même une tentative d’opéra-rock d’où quelques titres viendront alimenter leur unique album. Qu’il ne tient maintenant qu’à vous d’écouter, et pourquoi pas d’apprécier. Sur scène, ça ressemblait à cela.

Le photographe qui mitraillait ce fameux soir de janvier, je l’ai appris plus tard, n’était autre que Jasper Coolidge (Jenyk), ce fou furieux des soirées new-yorkaises. Des Runners, il en dit juste “a truly remarkable band with more explosive energy than a nuclear power plant ” et de leur batteur, “BY FAR the sickest drummer I’ve ever seen live “. Venant de lui, ça vaut beaucoup.

Au moins, après ça, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

Publié il y a 4152 jours

Vous connaissez les Monks ? Et vous êtes du genre à ne plus écouter de rock’n roll depuis que vous avez découverts les Master musicians of Jajouka ? Allez avouez, vous êtes snobs ! Ici, on n’ose pas trop se le dire, c’est comme ça. Et pourtant, les Strokes restent cantonnés à un groupe pour graphiste trentenaire. Depuis quarante ans, être snob dans la musique rock, c’est éviter la massification de la culture, c’est se détourner des rééditions qui rendent caduques le précieux achat original, et c’est surtout ré-évaluer constamment le degré de sous-appréciation de ses chéri(e)s par l’homme de la rue.

Dictionnaire des snobs du rockUne équation complexe qui demande un comportement tout en nuance et des termes choisis. Ce qui n’est pas chose aisée, comme l’expliquent les auteurs du Rock snob’s dictionnary.

Un ouvrage hilarant où le snobisme, mouvement qui est loin d’avoir diminué avec les années et qui a même pris une ampleur épidémique, est disséqué pour donner au malheureux néophyte une bouée de sauvetage. Mieux, un manuel de survie en soirée de snobs rock.

Si vraiment rien ne va, que les petits camarades d’un soir vous rabrouent sur vos choix de CD, qu’ils vous regardent de haut lorsque vous expliquez que pour vous Funeral est le meilleur disque de 2005 (2004, enfin, c’est 2004 !), glissez Eno, « le pionnier de la musique ambiant, la bande-son parfaite de tout ce qui va de l’aromathérapie au démarrage de Windows 95 », parlez de ces fameux Monks (ceux qui arboraient au milieu des 60’s un magnifique tonsure à la frère Tuck) et agrémentez vos discussions de ces fameux terme « jangle« , « -ica » et « Paisley underground« .

Avec ce lexique, c’est une partie du way of life rock’n roll qui touche le néophyte, comme la grâce touche le pénitent. Les notules du dictionnaire sont désopilantes et permettent d’aborder avec la morgue qu’il faut une discussion musicale. Vous savez, de celles qui observent soupçonneuses les musiques diffusées à plus de 499 exemplaires qui ont du succès. On vous le dit comme ça, le Rock snob’s dictionnary, c’est découvrir un continent d’artistes, de termes et de mouvements qu’il est alors jouissif d’évoquer. Mais n’oubliez jamais, une faute de goût et c’est toute crédibilité qui s’efface.

Faire bonne figure, c’est important. Un jour prochain il faudra sans doute ressortir de tête la liste de ces films qu’il faut absolument avoir vu (ex : Christiane F. : unwatchable German film about a teen smack addict – but cool Bowie concert sequence !) ou de ces personnes qu’il est absolument indispensable d’haïr (au hasard, Paul McCartney [...] for Wings, for recording with his wife but not in a cool Thurtson Moore – Kim Gordon way, for not being John Lennon). Mieux vaut être préparé.

On ne rigole pas des références jalousement distillées.

En attendant, je place ce dictionnaire à coté de High Fidelity, le livre « que chaque snob aurait voulu avoir écrit, mais dont il n’admettra jamais qu’il l’a lu ». Moi, il est juste là pour faire bien, hein…

Publié il y a 4186 jours En lire davantage à propos de

L’année dernière, une envie folle vous est venue, cher lecteur, de faire pousser deux belles rouflaquettes le long des oreilles. La classe. Vous aviez lu le premier volume de Minimum Rock’n roll consacré aux Rouflaquettes, poils de torse et cheveux à chouchous. Tout bien pesé, ce n’était peut-être pas une bonne idée : porter la côtelette ou la patte en société n’est pas aisé. Mais les rouflaq’ sont toujours là, et il faut désormais les mettre en valeur. Joie, la suite est arrivée avec Bagnoles, dragsters, autoroutes de l’enfer.

De quoi habiller élégamment votre statut capillaire de relents de gasoil, de vieilles Dodges et d’une multitude de textes où le mythe automobile se confond avec celui des guitares et de la pédale wha-wha. Ceux qui ont commis ce recueil de textes invitent à une soirée vendredi 27 mai à 21h au Palais Bar, 39 rue des Petites Ecuries (Paris 10e) avec de vrais morceaux de musique dedans. Et tout ça, c’est gratuit.

L’ouvrage sort à peine du garage mais je fais confiance aux mains qui ont composé le livre, fanzineux barrés, star morte, littéraires gorgés de références obscures (et forcement cultes) et plus généralement allumé(e)s de la plume chromée.

Publié il y a 4466 jours En lire davantage à propos de