Furtif

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J’écoute Françoiz Breut. Flash-back : nous sommes en 2000 et un jour de juin je reçois un court mail sorti de nulle part qui devait grosso modo me dire « J’aime bien Buckley, toi aussi, écrivons-nous ». C’était une fille, elle avait récupéré mon adresse mail dans l’un des rares messages que je postais sur des forums consacrés à la musique. Hasard heureux, nous avions le même âge et les mêmes goûts musicaux. Elle vivait à plusieurs centaines de kilomètres de ma banlieue parisienne, nous avons débuté une correspondance.
C’est elle qui m’a fait écouter Françoiz Breut la première fois, « l’ex de Dominique A » pour justifier son choix, la femme du Twenty-Two bar. On s’envoyait des cassettes de musique, je reconnaissais immédiatement ses courriers à sa très belle écriture déliée. Vous ne verrez sans doute jamais plus belle écriture manuscrite.
Dans une de ses cassettes, elle avait glissé Everyone kisses a stranger et Si tu disais.

Plus de dix ans après, Françoiz Breut vient taper de nouveau à la porte avec La Chirurgie des sentiments. Et qu’importe le temps passé, lorsque la voix doucement atone de Françoiz Breut me revient à l’oreille, une association immédiate et tenace se produit, je pense à cette amie importante et lointaine. Et ce que je découvre en l’écoutant n’est jamais ni tout à fait familier, ni tout à fait inconnu.

Françoiz Breut – L’astronome

De ce timbre, de cette langueur délicieuse, de ces petites pièces écrites et produites avec soin comme autant de miniatures délicatement travaillées, ressort un confort chaleureux, une impression familière très agréable.
Cependant, cette fois, quelque chose a changé légèrement, un détail presque imperceptible pour qui y jetterait une oreille un peu trop distraite. Il y a dans cet album de la gaîté musicale : un morceau donne envie de claquer des doigts et d’esquisser un pas de côté. Pour qui a grandi avec Françoiz Breut et Vingt à trente mille jours, c’est une petite pirouette intérieure. Elle n’est pas seulement la figure un peu raide entrevue au côté de Dominique A, je suis même ravi d’imaginer que « Françoiz » – cette voix obscure et fascinante résonnant sur une bande magnétique bricolée – peut s’amuser avec un 4-pistes et une boîte à rythme dans sa salle de bain pour donne le ton d’une ébauche qui aboutit à Michka Soka.

Françoiz Breut – Michka Soka

Cela fait des années que je n’ai pas eu de nouvelles d’Elsa, elle a réalisé de brillantes études et vit sans doute à l’étranger. Je doute de la revoir un jour mais lorsque j’entends Françoiz Breut me susurrer des mots de sa voix étrangement détimbrée, je me plais à imaginer qu’à elle également, aussi loin que soit Cherbourg désormais, Françoiz Breut lui rappelle nos dix-huit ans.

[ Écouter La Chirurgie des sentiments / Acheter ]

Publié il y a 1845 jours En lire davantage à propos de

Eagle*Seagull – Death could be at the door

Je me demande ce que deviennent les chansons chéries qu’on ne supporte plus. Ces morceaux enlacés de bien trop près à des instants qu’on préfère oublier. Je les imagine groupés dans un recoin sombre, s’enfonçant dans une lessiveuse à gros rouleaux mousseux, identique à celle où mon oncle plaçait sa voiture et moi à l’intérieur ; une lessiveuse qui ôterait patiemment toutes les scories accumulées. Durant le temps de cet oubli volontaire, je fais en sorte de ne plus les croiser, je change de trottoir dans ma discothèque, j’évite certains quartiers, je rabats ma capuche et prends un air menaçant. Et un dimanche, lorsque quelques-uns s’y enfoncent pour longtemps, un autre en ressort nettoyé de ses piquants et redevient un morceau que j’aime.

Le monsieur qui parle a 84 ans et habite Roubaix. Fils d’ouvriers du Nord, il raconte les bribes de sa vie encore vivaces avant qu’ils ne rejoignent définitivement l’obscurité. Sur les étagères de la longue et haute bâtisse ouvrière, disséminés au fil des étages, on trouve des livres, des cassettes et des disques. Ce monsieur, Claude, a toujours aimé le jazz et écoutait les Beach Boys dans les années 60. Chez lui, on trouve même des compact-discs de Lauryn Hill, Eric Clapton, Ben Harper ou Stan Getz. Assis dans le canapé en cuir fatigué du salon durant un après-midi, avec le chien jamais loin, les souvenirs s’entremêlent, tournent en boucle et s’arrangent avec la vérité, puis s’effacent peu à peu – comme on dit pudiquement.
Claude a fini sa vie hier. C’était mon grand-père, mais je ne suis pas triste, non, puisqu’il demeure celui qui m’a copié ma première cassette de Queen (Live at Wembley) et m’a fait écouter AC/DC. Oui, rien de moins que ça.

En boucle, sa batterie, sa ligne de basse, en boucle, ses huit minutes en montagne russe, en boucle, ce cri électrique vers la sixième minute et sa dixième seconde où on devine le coup de hanche contre la guitare, en boucle, cette voix, en boucle, cette musique bruyante, en boucle, en boucle, en boucle.

[ Ecouter You in reverse / Built to spill raconté par Philippe Dumez ]

Quand Pascal Nègre rencontre Kim Dotcom

Ceci me fait inexplicablement rire.

Don’t leave me now, you’re my best friend
All of my life, you’ve always been

Remember, remember
All we fight for

Heaven, The Walkmen

C’est absurde et très drôle : Dalalalataviz, un site qui met en forme graphique les paroles de chansons. S’y trouvent déjà Dutronc, Mc Solaar, Bézu, Reel2Real…
En 2008, un bon nombre de graphes avaient déjà fleuris, en partie regroupés ici, avec quelques perles :

http://www.flickr.com/photos/boyshapedbox/2283441962/sizes/o/in/set-72157603957925616/

http://www.flickr.com/photos/boyshapedbox/2283442064/in/set-72157603957925616/

Et maintenant, quelques contributions personnelles :

Évidemment, 99 Problems (but a bitch ain’t one) a déjà été largement illustré.

Voilà, voilà.
Faites-moi penser à écrire de nouveau sur la musique ici, à l’occasion ; les habitudes se perdent vite et la facilité l’emporte trop souvent.

Publié il y a 1924 jours En lire davantage à propos de

Il y a deux ans, c’était Bashung ; l’année passée, c’était Higelin ; cet été, France Inter consacre une série biographique à Barbara. Passez votre chemin sur le premier épisode, sorte de compilation d’hommages de personnalités sans intérêt, donc absolument dispensable. La suite (deux volets pour le moment) tend à ressembler dans sa forme au splendide et très réussi De l’aube à l’aube diffusé il y a deux ans, et qui est d’ailleurs encore disponible sur le site de la Radio suisse romande.