Furtif

Audioblog nonchalant

A lire, écouter
voir, picorer, partager

En voir +

Ce texte est beau et cette voix délicate. En prime, Mathieu Boogaerts y assure doucement ce qu’il faut de peinture musicale, légère et discrète.
J’ai envie de me rouler en boule dans ce morceau de radio intime.

La formule magique du tube pop existe et elle tient en cette phrase : « Longer intro+first verse, some minor inter-verse similarities and the very strong similarities between the three choruses. » C’est le résultat superbe de l’Infinite Jukebox, un outil impressionnant qui établit les structures de chansons.

On peut par exemple constater que Paparazzi de Lady Gaga et Rolling in the deep d’Adele sont étrangement similaires, malgré leur durée différente et leur apparente dissemblance.

 

 

 

 

 

 

The Infinite Jukebox est un outil développé par Paul Lamere, de Music Machinery. En repérant les correspondances entre les beats, l’algorithme établit des liens, qui permettent de sauter d’un passage à un autre similaire du morceau sans s’en apercevoir. L’outil est impressionnant, le résultat est désarmant de simplicité graphique. C’est subjuguant.

Allez donc vous en rendre compte par vous-même (chacun peut uploader et tester avec les morceaux de son choix) en regardant l’analyse que fait son auteur des derniers gros tubes pop récents (Lady Gaga, Adele, Rebecca Black) . La démonstration est édifiante. Cela permet surtout de mettre en évidence le canevas similaire utilisé par les producteurs pour élaborer le titre vendeur à venir. Même dans les groupes moins exposés, j’ai trouvé des traces communes. Ainsi, Sleepyhead de Passion Pit :

 

Le sujet est loin d’être anecdotique. Pour preuve, en juillet dernier, EMI s’est adjoint les services de Data Science London – un regroupement de scientifiques dédié à l’exploitation des données – et lanca un Hackaton. Le but était de définir un modèle prédictif de ce qui marche. Comme le titrait précisément The Independent à propos de l’objectif recherché, l’important, ce n’est pas le rythme, c’est l’algorithme. Autrement dit, malgré leurs différences notables, des chansons sont régies par les mêmes points de force, qui pourraient s’avérer de puissantes clés de ventes.

Cependant, l’Infinite Jukebox n’est pas issu du Hackaton d’EMI mais d’un autre branche d’innovation dans le domaine très stratégique des algorithmes, de la recommandation et des métadonnées musicales. Paul Lamere l’a élaboré lors des Music Hack Days, réunions  régulières et internationales de développeurs qui exploitent les possibilités fournies par différents services. Outre des applications qu’on retrouve par exemple chez Spotify ou dans des outils liés à Last.fm, cela aboutit aussi à des réussites comme celle de l’Infinite Jukebox, qui exploitent les ressources d’Echo Nest, une entreprise spécialisée dans les données musicales. Vous pouvez d’ailleurs suivre l’actualité des Music Hack Days chez le très recommandable Fine Tuning.

Enfin, grâce soit rendue à Pas longtemps, ex-camarade de jeu à la Blogothèque et dénicheur hors pair, qui a relevé l’existence de l’Infinite Jukebox et dont vous devriez – non, dont VOUS DEVEZ – suivre le Tumblr, où il partage toujours de très très chouettes choses.

Publié il y a 1614 jours En lire davantage à propos de

Des dizaines de fanzines sont suspendus par des ficelles dans leur coin supérieur gauche, le long d'un mur pourpre, éclairés par des spots lumineux directionnels

En mars dernier, passant quelques jours au Canada et grâce à quelques conseils avisés, j’ai touché du doigt le dynamisme foisonnant du fanzinat nord-américain – il suffit pour s’en convaincre de pénétrer chez Drawn & Quaterly à Montréal et jauger les présentoirs consacrés aux publications locales ou expédiées depuis Toronto, Vancouver ou la Californie. Des formats loufoques, colorés, écrits, dessinés forment une diversité plutôt excitante pour qui est habitué aux chiches productions françaises. On en ressort avec l’envie de les prendre  par brassée et de filer les lire longuement dans un café chaleureux et accueillant pendant des heures.
Afin d’embrasser le vaste panorama représenté par le « fanzinat », une exposition consacrée aux fanzines a lieu jusqu’à dimanche à Paris. Ils sont espagnols, italiens, anglais, français, ou sans un mot distinctif ; je n’ai parfois rien compris de ce qu’ils racontaient mais tous ces fanzines sont regroupés dans une vaste salle de la médiathèque, située face à la Flèche d’or. On y trouve surtout des graphzines – pas ma tasse de thé – et assez peu de récits. Si elle manque un peu de mise en perspective pour comprendre ce que représente ce DIY, l’expo permet tout de même de s’installer confortablement dans des fauteuils et – quel pied – de profiter de dizaines de publications à disposition dans des bacs. J’ai ainsi par exemple découvert les écrits de Marlène Tissot, par l’intermédiaire de son London Trip Diary et ça a fait ma journée.

Tout cela se déroule jusqu’à ce dimanche 4 novembre, à la médiathèque Marguerite Duras (en face de la Flèche d’or) à Paris.

Je suis absolument fasciné par cette vidéo, ce son visuel.

Il y a peu, deux amis très précieux se sont concertés en quelques mots, en un discret coup de téléphone, pour que je passe un samedi soir loin de mes petits tourments. Il y eut une invitation à dîner, une table en bois aux veines saillantes et patinées, une playlist délicate. Ce fut une soirée délicieuse. Puis, grâce au hasard heureux, avec d’autres plus tard, de ces amis pas vus ensemble depuis longtemps, il y eut les regards bienveillants, les plis des yeux qui trahissent les rires réguliers et la nuit qui avançait. La légère ivresse de la fin de soirée aidait à la détente, la fatigue aussi, mais on conservait cette assurance des belles choses.

Iron & Wine – Friends they are jewels

Une autre histoire d’amitié en revoyant un ami toujours ailleurs. Qui revient d’Inde ; qui compte s’installer à Berlin ; qui repart au Maroc. Pas de forfanterie là-dedans, seulement la conscience excitante d’avoir parcouru l’un et l’autre bien du chemin – jusqu’au sens littéral. Les bouteilles de macon succèdent aux bouteilles de macon. Rentrer tôt disait-on quelques heures auparavant. Si vous êtes du côté de Bordeaux, passez voir son exposition photographique, c’est jusqu’au 22 octobre au marché de Lermes.

J’aime la paume de la main qui étreint solidement une épaule, ce geste fort et fugace plein de tendresse retenue.

Bill Withers – Lean On Me

Je me rends compte que tous ces trucs sur l’adolescence et la musique, les discours troublants, le désir, les amitiés solides, la complexité de les conserver, je m’en foutais bien à l’époque. J’aimais les rythmiques, c’est tout. Je ne réalise que maintenant — c’est-à-dire une éternité après mon adolescence — à quel point mon goût pour la musique rejoint le discours qu’elle portait déjà. Les morceaux et les groupes prennent une autre dimension lorsque j’y accole mes propres errements, mes choix, mes renoncements, mes emportements. J’ai saisi sur le tard l’importance de ce vade mecum qui s’étoffe peu à peu de nouveaux morceaux, et que je trimbale dans des playlists, des albums et des compilations.
Nik Cohn écrit en 1968 dans Awopbopaloobop Alopbamboom que — je cite de mémoire, je ne retrouve plus le passage exact — dans la pop et le rock, tout a été défini dans les années 50 ; la suite n’est qu’un renouvellement plus ou moins réussi de ces bases. L’oubli et l’enthousiasme deviennent alors les deux piliers qui assurent la fraîcheur renouvelée du genre. Fut un temps où je vivais la meilleure soirée de ma vie tous les trois mois, avec le même enthousiasme que je manifeste à un rythme identique pour un morceau qui me parle. Cela prête à sourire mais conserver cela me fait sentir vivant. Vivant et bien accompagné.
Des moments décisifs se sont noués lors de ces retrouvailles avec les amis — ceux qu’on a, ceux dont on souhaiterait tellement qu’il le soit davantage, ceux qui se sont effacés –, grâce aux heures qui s’étirent sans qu’on y prenne garde, à la joie secrète et profonde de se retrouver douze heures après avec les mêmes esprits drôles et enjoués, aux confidences de bout de tablée, à l’armagnac qui grise les fins de soirée d’une délicieuse ivresse, lorsque le corps se relâche confortablement au fond du fauteuil, à cette sensation d’accomplissement en devenir : j’ai avancé, et je l’ai fait avec des personnes uniques.

Publié il y a 1649 jours En lire davantage à propos de

Dans ma tête, il fait encore grand soleil ; dans ma tête, c’est encore la saison chaude. Ce mix brésilo-groovy est d’une merveilleuse aide pour cela. Surtout, montez légèrement le son lorsqu’une guitare légère commence à poindre, lorsque deux voix enjouées, sixties en diable, viennent former un choeur : c’est Take me back to Piaui, ce morceau brésilien avec orchestration de cuivres un peu kitsch, sur lequel on a rajouté de brillants petits breaks au Clavinet à damner n’importe lequel d’entre nous.