Furtif

Audioblog nonchalant

Il y a quelques semaines, dans le petit amphi en sous-sol d’un centre universitaire parisien, une quarantaine de personnes raisonnablement barbues et tatouées vinrent suivre un séance consacrée à l’histoire sociale du rock. Dominique A en était l’un des invités. Chacun dans son fauteuil opinait du chef sur les conceptions du rock, de son histoire, ses spécificités. Néanmoins, de cet académisme attendu sur la manière de reparler du rock, la conversation prit un tour inattendu et plaisant. Du déjà lu, entendu et débattu « Pourquoi chanter en anglais dans le rock », Dominique A a porté la réflexion un peu plus loin que ce qu’il est convenu d’entendre d’habitude (« Le rock, c’est en anglais, et pas autrement »). Il fut question de phonétique et de fréquence, de yaourt et de la façon dont on s’approprie la sonorité d’une langue. Selon lui, l’écriture en français ne permet pas de projection sur la musique rock, a contrario de la singularité de l’anglais. Il rapporta une anecdote à propos de la post-production d’un de ses albums (le dernier ? ma mémoire me fait défaut). Les bandes furent adressées à un producteur anglo-saxon, le résultat aboutit à un échec : la manière de travailler et placer les voix diffèrent largement entre les deux langues. De fil en aiguille, la discussion versa vers les techniques de production et les sonorités. « Rarement les chroniques s’intéressent au travail musical et à la production, mais davantage sur ce que le disque dégage », déplora-t-il. En forme de conclusion, il y a selon lui davantage de défis à relever dans la chanson française, y compris dans la façon de la faire sonner. Une amorce de discussion passionnante.

Peu étonnant, donc, d’entendre Dominique A dans l’Atelier du son sur France Culture, vendredi dernier. Y sont évoqués son attrait pour le travail des sons, l’imaginaire et son goût prononcé pour les ambiances. Il revient un instant sur les sonorités des albums, notamment lorsqu’il parle de l’importance du quintet à vent sur son dernier. C’en est même frustrant de ne pas l’entendre davantage parler de cette façon d’aborder les disques.

- A propos du débat jamais clos opposant français et rock, la splendide série radiodocumentaire sur Alain Bashung offre notamment les témoignages de ses paroliers et les méthodes de travail de Bashung pour les faire « sonner » ensemble. Toute la série est entièrement disponible sur le site de la Radio télévision suisse, et c’est chaudement recommandé de l’écouter entièrement :
http://www.rts.ch/la-1ere/dossiers/alain-bashung-de-l-aube-a-l-aube/

29 mai 2012 Non classé